ÉCHAUFFEMENTS ET EXERCICES DE THÉÂTRE

Ici les échauffements et exercices que je fais le plus souvent en cours

POUR COMMENCER: LE CORPS

L’ancrage (incontournable): imaginer des racines. On est planté sur une colline, la tête dans le ciel, on domine le paysage. On est comme assis sur l’air, les genoux rebondissants. On « puise » l’énergie dans le sol, comme un puit de pétrole. On fait remonter cette lave (Balachova parlait de mercure dans le sang) dans chaque membre. Le rôle des genoux est crucial. Tendus, on se retrouve en apnée et incapable du moindre mouvement… Les genoux sur ressorts.

Peinture sur musique (remplace l’échauffement classique des étirements, déverrouillage etc…): L’espace est une gigantesque toile. On place un pinceau dans la paume de la main, et on doit peindre un tableau sur la toile, en s’inspirant de la musique. La toile doit être peinte en entier. Changez la musique. Changer la place du pinceau (sur le front etc..).

L’impulse (toujours sur musique): on se déplace en suivant la musique et on travaille, à chaque déplacement, l’impulsion qui le fait naître. Exagérer la violence de l’impulsion, puis lâchez-la et laissez-la vous diriger. Ne pas vouloir. Puis recommencer.

LES OURS
(précieux !)
Exercice à deux. Un comédien fait l’arbre en plantant ses racines dans le sol, l’autre, l’ours. L’ours se laisse tomber de tout son poids sur l’arbre, en couchant son dos sur celui de son partenaire. Une fois l’équilibre des deux corps trouvés, l’ours frotte doucement son dos à l’arbre, toujours en pesant de tout son poids. Puis va venir se frotter à différents endroits de l’arbre. On échange les rôles.
Exercice qui transforme miraculeusement le corps !

Descendre l’énergie: Les pieds ancrés, on fait descendre l’énergie en bas, du ventre aux pieds, en se secouant. Au-dessus: un grand courant d’air. On fait des mouvements larges avec tout le corps, un peu dans tous les sens, les pieds ancrés. Lignes droites interdites.

Les félins: On se déplace comme des grands félins au ralenti. Veillez à ce que tout le corps soit souple, rond et les genoux toujours sur ressorts. Les mouvements sont toujours courbes. S’interdire les lignes droites.Si on veut se retourner, on ne tourne pas sur soi-même, on fait un large cercle. Puis on expérimente différents rythmes (petits auts). Puis les ruptures: lent, puis tout à coup rapide.

Travail sur le ralenti: marche, on ramasse une fleur, on la sent, puis on termine la séquence: on en fait ce qu’on veut. Fin de l’exercice. On varie les actions.
On appliquera le ralenti aux impros. (ex: la salle d’attente). Très bon de démarrer le travail d’impros avec ça !

Course au ralenti: tous les acteurs se place en fond de scène, tous les joueurs partent au ralenti et se batte pour arriver en avant de scène.

Caricatures: (par demi-groupe) 1 groupe déambule naturellement, l’autre l’observe. Le groupe observateur prend la place du 1er, chacun caricature la personne qu’il/elle était chargé/e d’observer à son insu. La personne caricaturée doit se reconnaître puis apprendre à marcher avec son observateur, puis exagère davantage la caricature. Les groupes échangent.

L’ESPACE, L’ÉCOUTE

LES FENÊTRES (exercice fondamental)
Imaginer qu’on a un oeil sur le plexus, on regarde le mur, la fenêtre ou une personne, en se plaçant toujours loin. On explore l’espace en marchant en regardant toujours avec cet oeil. Arrêt. Puis l’oeil s’agrandit jusqu’à devenir une longue fenêtre sur tout le devant du corps: du plexus jusqu’aux pieds. On regarde idem. Rapport au public. Se mettre face public et le regarder. Puis: oeil entre les épaules. Idem: lequel s’agrandit en fenêtre. Puis idem. 
Enchainer avec un jeu: déambulation dans l’espace en choisissant une personne  qu’on doit tj garder dans son champ de vision (fenêtre du devant). Interdiction de choisir une personne qui vous choisit. Puis: une 2ème personne dans son champ de vision (là, on choisit qui on veut). Puis une 3ème personne ! Puis on redescend à 2 puis à un. Fin: rejoindre la personne choisie.

Equilibre radeau: Déambulation. Stop au signal de l’animateur. Sans tourner la tête, en utilisant les «fenêtres», le groupe corrige afin de rétablir l’équilibre du plateau.

Les yeux partout: Déambulation du groupe. A s’arrête, fait un geste+ son et tous reprennent. Re-marche

“Je te parle”: En ligne, dos public, sauf un. Il/elle pointe le dos d’une personne et lance, avec le bras, comme une flèche: ”Je te parle, toi !”. La flèche est lancée sur « parle ». Celui/celle qui se sent appeler se retourne.

Marches: riche, plus beau, plus laid, sur la pointe des pieds/les plus grands pas possibles/ à reculons/ tiré par le nez/ par l’épaule/ comme des pingouins/ comme des éléphants/ comme des chats : comme un vieillard, comme si on portait quelque chose de lourd, comme un robot, comme sur un fil, sur le sable brûlant, dans la boue, sur un trottoir verglacé, dans une tempête, blessé, en touriste, perdu, pressé, sans faire de bruit, paniqué, on ne veut pas réveiller papa/maman,  danger, etc. en cherchant à séduire / menacer / mépriser / admirer / draguant / malpoli / hypocrite / détestant etc.

LE DIALOGUE: LE DEBUT DU JEU

Culbuto: avancer le pied en posant d’abord le talon, puis lentement tout le pied, en déliant le mouvement jusqu’aux doigts de pied, l’autre pied se déroulant aussi. Se balancer sur place. Puis, enchainer sur:

Balancoire: deux lignes face à face, culbuto en se balançant sur place en miroir: lorsque l’un avance, l’autre recule. Etre bien à l’écoute et ensemble. Puis, lorsqu’on est en synchro, oser un pas mais sans piéger l’autre. L’un avance d’un pas et enchaine avec un autre. L’autre le suit. Communiquer qu’avec le regard. Harmonie. Fluidité. Un pas en arrière/en avant. Puis lorsqu’on est bien ensemble: plusieurs pas, en changeant le rythme.

Le super fauve: même exercice que la balançoire mais cette fois-ci avec un leader face à un choeur. Le groupe est sur le plateau. Ce sont tous des félins. La démarche féline, souple et lente devra être conservée durant toute la durée de l’exercice. Un super fauve (leader) est désigné. On l’imagine redoutable. Ses griffes sont mortelles. Lorsqu’il avance d’un pas, tous reculent d’un pas et se regroupent. On s’exerce à être totalement synchrone. Une fois que l’écoute est maximale, le super fauve varie ses pas en s’amusant à chaque fois à surprendre le choeur.

ACTION/REACTION
(incontournable)
Cet exercice, inventé par P. Adrien et JC Fall, est LA porte d’entrée du jeu théâtral. Il se travaille à deux. Il consiste à réagir gestuellement à l’action de l’autre, sans préméditation ni calcul. Chaque geste doit être simple et lisible: il est précis, comporte un début et une fin et doit être adressé à l’autre. L’exercice parait facile alors qu’il est assez redoutable. Les pièges sont nombreux… Mais si les contraintes sont bien respectées, l’exercice débouchera sur une vraie scène.
J’ai l’habitude de procéder par étapes: dans un 1er temps, la seule action permise est la marche. L’on s’aperçoit alors combien un geste minimal est porteur de sens (ici, l’écriture dans l’espace). Une fois que les deux comédiens acquièrent justesse, nous rajoutons le reste du corps.

ÉCHAUFFEMENT VOCAL

L’échauffement vocal que je pratique est décrit en détail ici. Je reprends ici les grandes lignes et poursuis sur les exercices qui développent la projection de la voix, la parole et l’adresse.

Respiration ventrale et musculation de diaphragme “Chut” fort, en colère. “Tch tch tch”, “ssss” etc… 

Faire rebondir une balle devant soi: “Tay” “Kay”. L’accompagner du bras. Le son voyage au lointain, comme ricochet. Privilégier les consommes qui claquent.

Lancer de flèche au ralenti. Pied droit devant, élan arrière, projection de flèche. Projetez des syllabes avec des consonnes qui claquent et en allongeant les longues. Tenir le geste. Imaginer que la flèche traverse de part à part le partenaire.

Le territoire: Regarder le partenaire dans les yeux, bien s’ancrer, et comme dans les westerns, le défier. « Moi ! « : on plante 2 flèches à la verticale dans le prolongement de son corps. Ces 2 flèches délimitent mon territoire. Puis, en le désignant, doigt pointé, on lance une flèche, en le défiant: « Toi ! ». L’autre est sommé de ne pas approcher. Puis on marche dans l’espace en transportant son territoire avec soi.

ON EXPLORE LES ÉMOTIONS, ON MET EN ROUTE L’IMAGINAIRE

Le réveil (Lecoq): Se réveiller pour la première fois. Une fois le masque réveillé, que peut-il faire ? Comment peut-il bouger ?  Découvrir son corps, découvrir l’espace. S’ouvrir au monde. Aller lentement.

Voyage : La mer est en furie, on est jeté sur la plage par la vague / La forêt progressivement est en feu etc.

Les 4 éléments (Lecoq): les différents états de chaque élément. La terre (sable, boue…). L’eau (vague, ruisseau, goutte…). L’air (brise, mistral…). Le feu (flamme de cheminée, étincelle etc.). Dans un deuxième temps, on crée des rencontres.

Chacun imite l’animal choisi, tout en marchant sur ses pieds. Puis on “humanise” l’animal de plus en plus. Chacun laisse naître un trait de caractère en lui, qui soit suggéré par la démarche. On se met en cercle et chacun à son tour présente son personnage à l’intérieur du cercle en déambulant. Puis on s’amuse à créer des rencontres. Enfin, on pourra rajouter des sons.

Ceci n’est pas une pipe: L’animateur fournit un objet au groupe. Une chaise, une feuille de papier etc. Un à un, les comédiens doivent prendre l’objet et le métamorphoser. 

Toutes les façons : On choisit une action. A tour de rôle tout le monde donne une idée. Exemple: »Toutes les façons de manger des pâtes ». Autre variante: on choisit une action et on rajoute une situation. Exemple: manger des pâtes en ayant peur de rater son train etc.

Métamorphose: tous les acteur en fond de scène descendent lentement à la face avec une émotion précise laquelle petit à petit se transforme en son contraire.  

Oh ! Regardez ! Déambulation. Une personne s’arrête et dit: “Regardez ! un monstre/qq de magnifique etc…”. Les autres regardent et se laissent faire par ce qu’ils voient. Il y a deux choses: l’étonnement, puis la réaction. On obtient de très belles scènes de choeur d’abord muettes puis parlées (chacun a le droit de dire qq mots). Excellent outil pour travailler la sincérité, le non trucage et les images, la concrétude. On peut enchainer directement après avec un travail sur des textes de récit.

EXERCICES EN CERCLE/LIGNE

CIRCULATION ÉCOUTE ENERGIE

Les claques: on connait tous les « claques » reçues et renvoyées avec énergie. LE grand classique des groupes. Rajouter le son « Hey ! » à chaque fois, pieds ancrés, le pied le plus fort en avant, la voix placée. Variante: On rajoute « Paf ! » pour refuser: on met les mains en avant en la renvoyant à son expéditeur.

Ballons de couleur: On lance un ballon rouge, on dit: “rouge”. puis on lance un ballon bleu etc..

Samouraï: Hi, ha, ho: X dit ‘Hi’ en levant les bras, ses deux voisins disent ‘Ha’ en lui tranchant le ventre, X dit ‘Ho’ en désignant la prochaine personne à avoir le focus. Au départ, nous sommes en rythme normal, pour progressivement accélérer et atteindre la vitesse limite.

Qui guide ?: En cercle, on fait sortir un élève. Le meneur désigné doit bouger ses bras très lentement et tout le groupe reproduit ses mouvements. Commencer par la main puis un bras. On fait rentrer celui qui est sorti, celui-ci doit deviner qui guide.

CONCENTRATION

Concentration: Ils doivent rester immobile quand l’animateur passe et fait tout pour les faire rire (clown)

On compte: à voix haute 1, 2, 3. Si deux personnes parlent en même temps, on recommence à zéro.

Cercle mouvant : Disposé sur le cercle, les acteurs A et B croisent le regard. A obtient ainsi l’assentiment de B pour prendre sa place. Alors A se dirige vers B. Dès cet instant, B essaie de croiser un autre regard dans le cercle afin d’obtenir rapidement un nouvel assentiment car A se déplace pour prendre sa place. Dès que B a obtenu accord avec un joueur C, il se dirige vers C avant que A n’arrive à sa hauteur. Ainsi de suite pour C. 

Rythme: 2 lignes face à face. Une ligne doit avancer d’un pas et taper les mains ensemble. L’autre idem. On trouve d’autres gestes.

LÂCHER PRISE

Action/réaction : voir ci-dessus

Tu n’as pas entendu la nouvelle ? Un comédien va vers un autre de la ronde et lui dit : « tu n’as pas entendu la nouvelle ? », l’autre répond « oui » et c’est à lui d’inventer une nouvelle extraordinaire. Un 3ème peut intervenir en rajoutant: « Oui, et en plus… »

Dialogue, deux émotions : Prendre un court dialogue, ex: “Il faut que je te parle ! / Pas maintenant.” Le professeur donne deux émotions, ex: colère/peur. Le 1er élève avance et s’adresse à celui qui est en face de lui avec colère. L’autre répond avec de la peur. On tourne. Changer une émotion, parfois les deux. Cela donne des choses assez surprenantes, ex: :colère/fou-rire et peut déboucher sur un vrai travail d’improvisation.

EXERCICES AVEC UN TEXTE

Exercice de diction (très efficace): Ne prononcer que les consonnes. Puis que les voyelles. Reprendre le texte: résultats garantis !

Les vers: Lire à voix haute les débuts de chaque vers. Lire à voix hautes les fins de chaque vers.

Travailler sur différentes façons de dire ou de lire un texte: Je ne comprends pas ce que je dis. Plus je dis ce texte plus je l’aime et l’inverse. Je ne sais plus mon texte. Ce que je dis m’horrifie. Je n’ose pas. En étant accusé. Je parle tout seul. Je rêve. Comme un secret. Avec une arrière pensée. Comme un scientifique. En faire une chanson. En mourant. En ayant faim / sommeil / froid / peur. Comme une lettre etc…
Au bord d’un précipice. Dans le désert. Dans une cage à lion. Sur un fil. En ayant envie de faire pipi. Ayant très mal qq part. En étant observé.

Parler à la manière d’un animal: tigre, serpent, vache, …. 

Le cercle des émotions: passer d’une émotion à l’autre, avec le texte. Les émotions sont tracées à la craie, on passe d’un cercle à l’autre. On peut décider de soi-même de changer ou bien c’est l’intervenant qui claque des mains. A un ou à plusieurs. Un exercice libératoire.

LE TEXTE INVISIBLE
(sous-texte ou monologue intérieur)
Texte en main, jouer la situation en énonçant et jouant à voix haute tout ce qui n’est pas écrit. Jouer tous les blancs de la feuille, révéler l’écriture cachée. Le comédien mêle ses propres mots au texte de l’auteur. Ce travail permet de révéler tous les ressorts de l’écriture. Pour ma part, la meilleure méthode de jeu, d’appropriation d’un texte.
Cette méthode, que je peaufine depuis des années, est abondamment détaillée dans mon journal

Retour vers les ressources pédagogiques

Suite: exercices d’improvisation