JEU DU COMÉDIEN
EXTRAITS DE LIVRES SUR LE THÉÂTRE
Ici, vous trouverez, tous les mois, des extraits de livres sur le jeu du comédien.
Livres remarquables, indispensables.
Bonne lecture !
L’ACTEUR SINGULIER – Matthieu Mével
Paradoxe de l’acteur :
C’est dans les contraintes qu’il est le plus libre, c’est sous le regard des autres qu’il livre son intimité qu’il est le plus personnel, c’est dans le faux qu’il dit sa part de vérité. L’acteur ne parle jamais en son nom. Il joue un rôle.
L’actrice joue Juliette qui aime Roméo. Et cette actrice n’a jamais autant aimé quelqu’un pourquoi ? Parce qu’elle peut être absolument vraie, rien aucun danger. Elle se livre entièrement.
Le plateau est ce lieu on a où l’on a la possibilité d’être totalement soi-même. À travers quelqu’un que l’on n’est pas.
Sur le plateau, on offre.
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Progresser en tant que comédien, ce qui implique de ne pas cesser
de progresser en tant qu’homme.
Le théâtre nous enseigne qu’il existe des techniques de savoir-faire et que le talent est davantage dans une forme de savoir-être. D’où l’extraordinaire succès de la formule de Shakespeare dans Hamlet :
« Etre ou ne pas être, tel est la question »
Pourquoi est-ce si difficile d’être ? Parce qu’il s’agit d’ouvrir quelque chose de soi. De s’ouvrir à la sensation d’être.
La singularité est l’ouverture maximale de la vérité de chacun.
L’art de l’acteur consiste à libérer la puissance de la vie
que les hommes par peur ne cessent d’enfermer.
C’est la peur qui conduit les hommes à enfermer la vie.
La vérité de l’acteur c’est la peur dépassée.
La méthode est un entraînement du corps à sa vérité. L’enseignement de Stanislavski est une technique de soi ou plutôt une façon de faire le meilleur usage de soi.
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L’acteur appelle sa présence, son ouverture au présent au théâtre. On demande à l’acteur qu’il nous mettent en relation avec l’intensité de ce qui est vivant. Ce qui signifie qu’il a ouvert au préalable son corps à cette intensité.
La représentation rend la vie présente de la façon la plus intense qui soit. Elle est une proposition d’intensité du présent. Le théâtre nous ennuie s’il ne produit pas une rencontre avec cette intensité. La présence c’est le corps qui se rend disponible à la vie.
Le talent consiste à inscrire sa singularité dans le présent. L’art de l’acteur consiste à redevenir unique chaque soir. Il faut avoir une énorme confiance en soi et de l’homme
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L’art de l’acteur est un hymne à la singularité.
L’acteur est celui qui ne peut pas se dérober à son être là. Il doit être au maximum de son être là.
Sa peur est une peur de l’ouverture car être là est une exposition maximale de la blessure. La plupart des hommes se cachent dans les coins, les moins exposés de l’existence.
L’être-là, c’est la vérité du corps.
L’acteur, comme les enfants, accepte parfaitement ce qu’il est. Les enfants n’écoutent rien, ils sont dans la puissance de l’être.
L’intensité est une tension joyeuse, une étincelle. Ce que l’acteur a de plus beau c’est sa différence. C’est dans la libération de cette différence que l’acteur nous touche.
Autrement dit, il ne possède rien
Les écrits de Shakespeare, de Racine, tous les grands textes sont des propositions pour le corps des acteurs. Il propose des corps, des rythmes, des voix.
Sous la littérature, il y a des mains. Chaque corps est une proposition de rythme.
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Dans chaque acteur, il y a ce qui veut parler,
quelque chose comme du corps nouveau.
« On est acteur parce qu’on ne s’habitue pas à vivre dans le corps imposé ». Valère Novarina
Le jeu de Louis de Funès. Il paraît qu’il pouvait demander à reprendre 20 fois une prise jusqu’à s’y trouver drôle.
Jouer, c’est être hors de soi d’abord.
On ne joue bien que lorsqu’on est dans cet état. C’est le dédoublement.
« Rentrer en soi et sortir de soi sont ici les deux et même chose, cette connaissance professionnelle de soi-même que l’acteur doit atteindre ». Louis Jouvet
« La dépense nerveuse d’un acteur dans une scène un peu intense est la même que celle d’un pilote de chasse au combat. Un record d’énergie et de maîtrise. » Valère Novarina
Il ne s’agit pas d’être naturel mais de faire quelque chose de sa nature.
Gabin n’est pas naturel, il a fait quelque chose de sa nature. Il a poussé son mode à son maximum.
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Le théâtre est une fête des puissances de la vie.
Au théâtre, on doit faire rentrer dans un minimum de temps un maximum de vie. C’est souvent dans le vide que le maximum se déploie.
L’acteur cherche à exalter le présent, c’est-à-dire à l’élever, à le célébrer hautement, à le porter à son plus haut degré d’intensité pour faire exulter le spectateur.
L’acteur intensifie le présent qui se révèle être plus que ce qu’il est.
L’acteur expérimente la densité d’une joie.
Notre corps se réveille et s’ouvre. C’est la grâce. Comme les amoureux.
La technique de Stanislavski est, en tout cas, excellente pour dire des mensonges.
La vérité c’est que l’acteur n’est jamais seul, il l’offre au spectateur.
Au théâtre, plus encore qu’au cinéma, il s’agit d’ouvrir la vérité du corps. Représenter ne consiste jamais à aller chercher le passé pour le reproduire, mais plutôt à pousser la vérité du présent..
Comme dans les techniques orientales qui consiste à s’éveiller, il s’agit de réveiller en soi sa présence au monde. Dans cette ouverture de la présence au monde, il y a le maximum de vérité.
Jean Renoir disait à une comédienne: « J’ai appris de Michel Simon, ce qui était la méthode de Jouvet et certainement aussi, celle de Molière et de Shakespeare, à savoir qu’il faut essayer de comprendre votre personnage sans avoir aucune idée préconçue. Il faut répéter le texte de nombreuses fois, d’une façon complètement neutre jusqu’à ce qu’il entre en vous que la compréhension devienne totalement personnelle et organique ».
« Le comédien doit être continuellement à l’écoute de tout ce qui bouge intérieurement. Une partie de sa vie créatrice doit être tournée vers l’intérieur sans pour autant que cela ne le coupe de la personne qui est devant lui. »
Peter Brook
Il s’agit donc d’écouter les vérités qui coulent en soi.
La vérité de l’acteur consiste à ouvrir les trésors qui dorment au fond du corps et les libérer.
L’homme moderne est plein de bruit, il n’y a plus de place. Pour l’écoute, il n’a pas de temps, il n’a plus de corps, il ne fait pas silence.
C’est ça le spectacle, attendre, attendre seul dans le noir, attendre que ça vienne, que ça commence attendre qu’il y ait autre chose que soi.
L’acteur n’est pas un autre. Il est autre chose que soi.
(A suivre…)
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