COMMENT AMÉLIORER MON JEU
à Anette, Earlyne, Elsa, Emmanuel, Keita, Lino,
Marc, Marin, Melchior, Nina, Sascha et Yohan
DES CONSEILS ET TECHNIQUES POUR REPONDRE A TOUTES CES QUESTIONS :
Comment progresser seul chez moi ?
Comment être naturel quand je joue ?
Comment éviter de surjouer ?
Comment jouer juste ?
Dimanche 15 mars 26
Les images
Ne pas chercher
Il n’y a pas à chercher les images, il y a juste à les poser.
Sur le plateau, il n’y a rien. C’est vous qui créez les choses dont vous parlez.
Parler, ce n’est rien d’autre que de poser des choses. De les rendre visibles à celui à qui on s’adresse et au public.
Il n’y a pas à chercher les images ! La plupart du temps, les images viennent à vous sans effort.
Il y a à planter les paysages, les rues, les villes. Planter la journée d’hier, planter ce qu’on a vu et qu’on rapporte au plateau.
Les images sont toujours très concrètes, très précises. Détails visuels, sensations.
L’astuce ?
Désigner du doigt à son partenaire tout ce que l’on nomme.
Le regard tourné à l’extérieur
Mes images, je les sors. Je les donne à voir. Mes images, je les plante toujours pour l’autre. Avoir un regard tourné vers l’extérieur lorsque je joue. D’où l’astuce de passer par une étape où on désigne du doigt tout ce dont on parle.
Le regard
Le regard accroche. Ce sont vos points de repère qui vont baliser tout votre parcours.
Le regard n’est pas flou ou « en général ». Ou pire, au sol: regard tourné vers soi.
Le regard est précis.
Si je veux que le public profite à 100% de ce que je vois, je sens, j’exprime, je me positionne face à lui. Le regard est alors entièrement ouvert, offert au public.
On ne peut pas regarder deux choses en même temps.
On ne peut pas « balayer » rapidement du regard car on ne regarderait rien.
On regarde toujours une chose et après une autre. On marque des points d’arrêt.
Mon texte, mes répliques
Règle: d’abord réagir PUIS dire ma réplique
Beaucoup d’élèves confondent 2 moments:
- le moment de la réaction (l’émotion qui me traverse et le mouvement intérieur/extérieur)
- et le moment de la réplique.
C’est une grave erreur qui mène à la plantade: la réplique est fausse, truquée, forcée.
- Le moment de la réaction est le moment où je reçois ce que m’envoie mon partenaire. C’est le moment de l’écoute.
- Le moment de la réplique est le moment où je réplique: je réagis. Je parle.
Le comédien doit être donc à l’écoute de ce que produit en lui ce que lui envoie l’autre pour pouvoir lui répliquer son texte. Sans cette attention à lui-même, il sortira du naturel: il sera dans du fabriqué.
Pour jouer, il faut être attentif à l’instant d’avant ma réplique.
Chercher l’instant d’avant
Dans la vie, ma parole ne nait pas de nulle part. Elle est produite par ce que je suis à l’instant présent. Mon texte est toujours issu de quelque chose (un sentiment ou une action).
Le boulot du comédien, c’est de travailler sur l’instant d’avant la réplique: c’est cela que je dois peaufiner et construire !
Si je m’attache à comment le dire (mon « intonation »), je me coupe de la situation, je suis faux, je truque.
Pareil en ce qui concerne l’émotion: si une émotion est née dans une répétition, ne pas aller la chercher à la répétition suivante, mais reproduire, retrouver ce qui a pu la produire: l’instant d’avant.
Le travail préparatoire à la maison
La « nourriture »
Lire, lire et relire le texte, la pièce. Et aussi autour: tout est bon à prendre (essais, notes, biographie etc.) ! Explorer tout ce qui est explorable: des vidéos, des photos, des écrits etc..
Se laisser emporter par la curiosité, ne pas avoir peur de prendre des chemins de traverses, de disgresser mais aussi de rêvasser, laissant votre imaginaire tracer des chemins inédits – ou pas.
Se constituer sa forêt.
Arriver sur le plateau avec. Riche, très riche de tous ces voyages. Puis laisser faire.
Un comédien qui arrive vide, sans paysage, n’est rempli que de bruits et images du quotidien: pauvre comme un désert. Ses images seront telles des oasis (clichés du monde): elles s’évaporeront sitôt qu’il mettra son pied sur le plateau.
Celui-ci sera dans l’incapacité de jouer.
Le travail préparatoire : le concret.
Etape incontournable. Tout est détaillé ici: l’appropriation du texte.
Le travail entre élèves, sans regard extérieur
Une chose essentielle qui déterminera tout le reste: instaurer une grande complicité. La plus grande proximité possible. Se parler vraiment. S’écouter vraiment. S’amuser vraiment. Être ensemble vraiment.
Si l’on n’a pas posé cela d’abord, tout ce que l’on posera par la suite (la situation, les enjeux, les circonstances, les objectifs etc.) ne « prendra » pas. On sera dans l’idée, pas dans le « être ».
Du travail chez soi au passage sur le plateau.
Le(s) premiers passage(s) au plateau: oublier !
A la maison, on a des idées de mise en scène, de jeu etc. Mais ne jamais se dire: « j’ai trouvé, c’est ça, c’est fort, je vais donc le refaire ».
Car si on est à l’endroit juste du plateau, dans l’ici et maintenant, ce qu’on va trouver sera toujours mille fois plus intéressant que ce qu’on a prévu !
Il faut oublier. Ne pas chercher à retrouver ce qu’on a découvert chez soi.
Pas de panique: oublier ne veut pas dire effacer ! ni appliquer sa volonté à ne pas faire – ce qu’on avait décidé.
Lorsqu’on arrive sur le plateau, nous nous sommes déjà suffisamment bien imprégnés de ces instants, seuls chez nous.
Avoir confiance: ce qu’on a découvert chez soi n’a pas disparu. Cela reste quelque part en nous, tapi dans une mémoire mentale et organique. Si cela doit resurgir, cela resurgira – transformé, sublimé même par l’expérience du plateau ! et si ce n’est pas le cas: pas de regret, l’accepter.
C’est le plateau qui décide à chaque fois.
C’est lui qui a toujours le dernier mot.
C’est lui qui l’emporte sur tout ! même sur la plus brillante idée du monde.
Ne pas appliquer ni refaire à l’identique.
Car nous sommes dans un contexte et une situation différente, sur le plateau. Se remettre comme en état d’improvisation – laisser faire. Se laisse surprendre.
Cela nécessite une grande confiance à l’égard de celui qui vous regarde et vos partenaires. Et surtout en vous.
Puis petit à petit… construire.
Chaque passage sur le plateau est comme un saut en parachute et devra le rester !
Petit à petit de la construction de la scène, des points de repère seront bâtis, en bas, dans le paysage. Vous vous y accrocherez, ils ne bougeront plus. Mais vous répèterez le même saut en parachute, à chaque fois…
De micro-variations apparaitront alors, de mini-moments d’improvisation: cela permettra au jeu de ne pas être mécanique, mais d’être vivant: jamais (tout à fait) pareil.
La disponibilité, l’écoute : l’état créateur
Jouer c’est renvoyer la balle mais pour cela, il faut déjà la recevoir.
Ne pas se « gonfler » donc à l’émotion. Ne pas chercher un « état fort » pour démarrer. Mais se mettre dans un état d’écoute, de disponibilité. Avoir totalement confiance en l’instant présent, ce qui a déjà été construit, se livrer corps et âme à chaque seconde – en ce que vous allez recevoir de votre partenaire, de l’espace et de la situation.
Ce que me donne mon partenaire: une réplique, un geste, mais aussi tout simplement son attitude, son corps ou visage: immense richesse (faire fonctionner à fond son imagination), est un point d’appui formidable ! je l’agrandis pour pouvoir m’en imprégner. Totalement. C’est de celui-ci dont je dois me « gonfler ». Tous les pores de ma peau s’ouvrent, mes organes intérieurs se remplissent de ces sensations. Je me sens « inspiré » et effectivement, je suis au bon endroit pour le jeu.
Aussi donc: plus vous magnifiez votre partenaire, plus votre jeu sera riche.
Jeudi 19 mars 2026
La clé du jeu, c’est de dé-com-po-ser !
On ne peut se lancer dans le jeu sans avoir préalablement identifié les différents mouvements d’une scène. C’est pour cela qu’il faut prendre son temps. Ce n’est qu’en prenant son temps qu’on pourra jouer à fond chaque mini-scène, chaque petit fragment, chaque moment. Et à la fin, nous aurons la scène.
J’explique longuement et en détails tout ce processus cela dans mon livre. « Passer par chaque perle, à la fin nous aurons le collier ».
Pourquoi ?
Parce que si l’on veut pouvoir recréer du vivant, il nous faut remettre à plat toute cette merveilleuse machine qui fait que nous parlons, ressentons, communiquons, agissons.
Et si nous regardons A LA LOUPE ce qui me meut, me fait parler et agir, nous découvrons qu’il s’agit d’une succession de mini-fragments temporels. Et c’est l’addition de tous ces mini-moments qui nous constitue. Et qui fait que nous sommes dans une continuité VIVANTE.
ALLER LENTEMENT
Je fragmente,
je décompose

Le sous texte permet, entre autres, de construire les transitions
Exemple: le court monologue d’Elisabeth dans Richard III – Shakespeare
Situation et mise en scène: Elisabeth rentre et découvre, à terre, les deux doudous de ses deux petits, ensanglantés.
Décomposition de la scène (chaque temps va produire une émotion précise) :
Elisabeth rentre et découvre les doudous.
Temps de surprise.
Tombe au sol et les manipule, face public
Elle cherche des yeux ses enfants: sont-ils un peu plus loin ?
Elle revient rapidement sur les doudous, constatants qu’il ne reste plus rien d’eux que leurs doudous.
Elle imagine la scène du meurtre, plante l’image devant elle
Elle s’adresse à eux. Chaque détail, chaque mot est concret. Choisir chaque mot.

Transition/sous-texte pour passer à la scène suivante: « Où êtes-vous ? où sont vos âmes ? »
Elle cherche des yeux leurs âmes.
Puis s’adresse à elles, tout en continuant à les chercher

Transition/sous-texte pour passer à la scène suivante: « Comment une telle chose est-elle possible ? Comment Dieu a-t-il pu laisser faire cela ? »
Elle va choper Dieu, elle le regarde.
Elle s’adresse à lui en exigeant qu’il réponde.
A chaque question, elle entendra le silence de Dieu.

Transition/sous-texte pour passer à la phrase suivante: « Je suis seule, abandonnée. Plus de retour en arrière »
Elle revient sur les doudous.

ATTENTION ! Ceci est une retranscription d’un « vécu plateau ».
La comédienne entre dans la scène lentement et va chercher à improviser, donc vivre en prenant son temps la situation et ce qui vient avant, pendant et après chaque ligne.
QUESTION: Faut-il toujours ralentir ? prendre son temps ? Réponse: plus ou moins, il n’y a pas de règle générale.
Parfois, cela peut aller vite, le jeu est alors instinctif mais même dans ce cas, il faut prendre le temps de ressentir chaque chose l’une après l’autre. Les premiers moments de jeu sont donc plus lents que dans la vraie vie. Toujours. Puisqu’on cherche à créer/recréer.
A suivre…
Bloqué ? « Je n’y arrive pas » ?, « Je me sens empêtré » ?, « Je sens que je truque » ? etc.