LE MONOLOGUE DE NOVA
« PAR LES VILLAGES »
PETER HANDKE

UNE VIDEO RARE: VOIX CE CHRISTINE BOISSON LISANT LE TEXTE DE NOVA ET INTERVIEW DE C. REGY >>
Cet article provient de l’enseignement de Jean-Claude Fall.
Qu’il en soit ici grandement remercié.
Ce texte magnifique (en gras) de Par les Villages de Peter Handke
remplace tous les livres et enseignements sur le jeu de l’acteur qui existent…
Un guide de travail (et de vie pour tous)
Joue le jeu. Si l’autre te fait une proposition, accepte-la : « Joue le jeu ». Qu’elle vienne de ton partenaire ou de ton metteur en scène (« et si… » / « essayons cela »). Relève le pari. Joue ! Ne te mets jamais hors-jeu.
Menace le travail encore plus. Ne fais pas ce que tu sais faire. Mets ton faux-moi au vestiaire. Pars à la recherche de ton être essentiel. Sors de tes (faux) rails. Risque ! Connais-toi toi-même. Accueille ce que tu ne connais pas de toi. Cela ne sera pas facile tous les jours… C’est un vrai travail sur toi qui t’est demandé et qui t’apportera une intensité de joie jamais connue.
Ne sois pas le personnage principal. Ne te charge pas d’un poids, d’une responsabilité qui n’est pas la tienne. Ne pense pas qu’il t’est demandé de réussir, « d’assurer », ne crois pas que tous les regards convergent vers toi. Oublie ta petite personne.
Cherche la confrontation, Ne choisis pas la facilité : confronte-toi avec l’inconnu. Cette matière est de l’or. Ne te trompe pas de combat. Ne crains pas la peur. Regarde-la en face. Ce qu’on combat, on ne le connait jamais d’avance. Accueille toujours celui qui te bousculera. Il n’y a que cela qui te fera grandir.
mais n’aie pas d’intention. Évite les arrière-pensées. Ne décide de rien. Joue ! Ne fais pas le malin. N’explique pas. Ne prétends pas savoir. Ne réduis pas le mystère du texte en une théorie. Incline-toi devant lui, plutôt. Personne n’est arrivé au bout d’un seul être humain.
Ne fais rien. « Ne pas faire mais se laisser faire » : règle fondamentale de tout jeu ! Ne fabrique pas.
Sois doux… Il faut aimer, aimer, aimer beaucoup lorsqu’on joue : savourer le moindre instant, le moindre objet, paysage, la moindre parole que l’on te donne, d’où qu’elle vienne. Aimer l’autre sans conditions et soi-même aussi, sans conditions. Ne te juge pas, ne juge pas l’autre non plus. Il faut beaucoup beaucoup d’amour pour jouer.
et fort. Nous sommes des géants. Tout est possible. Réinvente le monde. Plante ton paysage. Mais aussi : n’aie pas peur face au danger. Rien de réel ne risque de t’arriver, tout cela n’est qu’un jeu. Aucun risque – sauf celui d’être ridicule.
Sois malin. Comme les enfants : malicieux
Interviens… Rebondis à chaque fois. Ne laisse rien mourir. N’interrompts pas le flux de la vie (du plateau). Donne-toi le droit d’être là, à chaque instant. De réagir, d’exister à chaque instant. Tel est ton devoir.
et méprise la victoire. Ne t’arrête pas à la victoire, ne la commente pas, n’en fais pas toute une histoire. La victoire est fugace, cet infime instant qui permet le rebond. Ne te mire pas dans elle.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Pas de regard qui dissèque, analyse. Absorbe, au contraire, tout ce qui t’entoure. Reste disponible à tous les signes. Ne les hiérarchise pas. Des fenêtres partout.
Sois ébranlable. Reçois, prends ! Cela te fera bouger délicieusement. Ne refuse rien. Accepte tout, le meilleur comme le pire. Ainsi tu demeureras vivant : en perpétuel mouvement.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace… Ne rentre pas dans ta bulle. Ne joue pas pour te “shooter” à tes sensations. Tes yeux sont le miroir du monde que tu donnes à voir. Donne-les à voir.
et considère chacun dans son image. Regarde ton partenaire dans sa totalité, des pieds à la tête. Dans « comment il se donne à voir ». Dans « ce qu’il te donne à voir de lui, tout entier ». Et non pas juste son visage.
Ne décide qu’enthousiasmé. Si ce « pourquoi je suis là » ne déborde pas de vie, de joie impérieuse, alors ne fais rien. La joie est notre boussole.
Échoue avec tranquillité. Chuter permet de rebondir encore plus loin. Chéreau a écrit un magnifique livre qui porte le titre : « Un jour, j’y arriverai peut-être ». Accepter l’idée d’échouer rend possible la vie et le mouvement.
Surtout aie du temps, et fais des détours. Laisse-toi distraire. Savoure chaque seconde, ralentis tes pas, n’anticipe pas. Dilate le temps. Oublie toute destination. Toute idée de destination. Engage-toi là où tu n’es jamais allé. Ne pense pas au « but » : personne ne le connait.
Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ça c’est magnifique !
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Chaque chose, chaque être qui t’entoure peut être un trésor dont tu vas pouvoir te remplir, matière à jeu. Dieu est dans les détails.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise les conflits de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et que le bruit des feuilles devienne doux. Cela aussi est magnifique. Chacune des phrases ouvre un nouveau pays. Puissance de chacun de ces drapeaux, slogans, lesquels nous emmènent vers une liberté nouvelle. Et pour l’artiste, une création libre et authentique.
LA VIDEO DE L’INA

« Par les villages ». Création au TNP . Interview du metteur en scène Claude REGY. Christine BOISSON lit des extraits du texte.
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Une réponse à “NOVA”
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bonjour et merci pour ce partage.
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